a propos
Artiste travaillant à l’intersection de l’art, de la science, de la technologie et du design, sa pratique explore l’inaudible, l’intangible et l’invisible dans les espaces numériques et physiques, en interrogeant de manière critique les transformations sociétales et environnementales induites par la technologie. Le travail de De Wilde s’aventure dans des futurs spéculatifs et des systèmes complexes, proposant des perspectives innovantes sur les enjeux contemporains.
Il est surtout connu pour ses œuvres nano-ingénierées Blackest-Black (2010), développées en collaboration avec la Rice University et la NASA. Ce projet pionnier, qui examine le concept du néant, a reçu le Ars Electronica Next Idea Award 2010 ainsi que le Best European Creative Cities Award.
Présenté dans le Huffington Post, Dazed et TED Ideas Worth Spreading, ce travail a inspiré des artistes du monde entier, notamment Sir Anish Kapoor avec le Vantablack.
La pratique de De Wilde est marquée par une innovation constante. En 2006, il explore la communication interespèces avec des poissons faiblement électriques. En 2010, sa série NRS introduit des œuvres génératives fondées sur les données, qu’il décrit comme une manière de « peindre avec les données pour créer des paysages de l’ère de l’information ». Sa collaboration en 2013 avec le Département des sciences quantiques de l’Australian National University aboutit à des sculptures quantiques, alimentées par de véritables nombres aléatoires générés à partir d’une source quantique physique.
En 2016, De Wilde développe la première œuvre d’art imprimée en 3D générée par intelligence artificielle et algorithme évolutif, exposée à Ars Electronica, ainsi qu’une œuvre interactive basée sur un réseau neuronal (2015), désormais intégrée à la collection permanente du Frost Museum. Ses recherches incluent la création d’une technique de camouflage Dazzle encodée par intelligence artificielle, qui détourne les systèmes d’étiquetage des métadonnées grâce au calcul évolutif.
Il a publié plusieurs articles, notamment « Artistic Approaches to Design and Manufacturing Techniques Dedicated to Space Applications » (Leonardo, MIT Press, 2019).
Parmi ses distinctions figurent sa sélection comme finaliste du Giant Steps X-Prize Lab (MIT), du ZKM App Art Award, du TED World Wide Talent Search (2013) et de l’Arab Bank NFT Prize, ainsi que sa victoire au Herbert W. Franke Contact Attempt (2024). Il a également été artiste en résidence au Serpentine Future Art Ecosystems (2025) et à Objkt Labs (2025).
CV
La pratique de Frederik De Wilde met en scène une interrogation rigoureuse de l’agentivité des machines, de la matérialité et des enjeux éthiques inscrits dans les technologies contemporaines. Travaillant à travers la sculpture cinétique, le bio-monitoring vivant, l’IA adversariale et les écologies de code natives de la blockchain, De Wilde considère la technologie non comme un outil neutre, mais comme un champ contesté où perception, valeur et soin sont sans cesse renégociés. Il refuse tout techno-optimisme simpliste. Son œuvre exige un engagement actif et la volonté de poser des questions plus exigeantes plutôt que d’accepter des réponses faciles.
ADAL (Artificial Digital Agentic Life) constitue une proposition centrale : une conception du calcul comme écologie co-évolutive plutôt que comme simple opération brute. Dans ADAL, la blockchain est détournée de sa fonction de registre pour devenir un habitat, et les participants passent du statut de propriétaires ou d’utilisateurs à celui de gardiens et de co-auteurs. À travers des processus sympoïétiques et ouverts, le code écoute, mute et répond à travers des matérialités hybrides. Le projet met en œuvre une éthique de la lenteur et de la réciprocité, proposant une pratique « permacomputationnelle » régénérative qui refuse les logiques extractivistes et envisage la vie algorithmique comme un milieu partagé et vivant.
La critique de la perception et de la classification machinique prend une dimension sensible dans AI Beetle et Deep Flaw (la première sculpture post-ready-made). AI Beetle, expérience adversariale précoce, utilise des algorithmes évolutifs et des réseaux profonds pour produire des motifs de surface qui perturbent volontairement la vision par ordinateur, créant une friction entre lecture humaine et étiquetage algorithmique. Deep Flaw est, quant à elle, catégorisée avec assurance par des classificateurs neuronaux tout en suscitant chez les spectateurs humains une reconnaissance troublante et déformée. Dans ces œuvres, l’auteur et l’agentivité se redistribuent entre artiste, jeu de données et algorithme, mettant en lumière les conditions procédurales qui produisent reconnaissance et erreur.
Blackest-Black (notamment Horizontal Depth) fusionne l’héritage minimaliste et la nanotechnologie : un noir matériellement ingénieré qui invite à une expérience tactile du vide, du vacuum et des limites de la perception. Hyperminer_Extracted Earth critique le techno-solutionnisme en mettant en scène des scans hyperspectraux de CubeSats, une détection de ressources pilotée par IA et la recombinaison d’éléments rares en géodes synthétiques — une mise en accusation poétique de l’appétit extractiviste du nécrocapitalisme. Lead Angels et EOD traduisent des signaux environnementaux invisibles — décroissance radioactive et électrocommunication des poissons — en sons, mouvements et lumières, rendant perceptibles et sensibles des processus non humains.
MoonArk et The Council élargissent encore l’échelle et la temporalité. MoonArk fonctionne comme un mini-musée philosophique destiné à une découverte future sur la Lune, un geste à long terme autour du dépôt culturel. The Council réinterprète le Penseur de Rodin comme un esprit artificiel distribué : trente-huit écrans et des processus interconnectés en réseau maillé génèrent des souvenirs altérés et des rêveries poétiques, connectés aux différentes couches d’Internet, que le spectateur doit activer.
Eva L’Hoest (Liège, 1991, Belgique – vit et travaille à Bruxelles ) explore les façons dont toutes les natures d’images mentales, en particulier le souvenir et la réminiscence, trouvent à se re–matérialiser dans une forme technologique. Elle poursuit avant tout l’exploration de la mémoire et de son infime et étrange réalité subsistante. Pièces après pièces, l’artiste s’approprie les technologies de son contemporain pour révéler à la fois leur nature de prothèses d’appréhension du monde et leur potentiel en tant que médium artistique.
Son travail a été récemment présenté à la quinzième Biennale de Lyon, Lyon (France) curaté par le Palais de Tokyo, la Triennale Okayama Art Summit 2019 “IF THE SNAKE” curaté par Pierre Huyghe, Okayama (Japon), « Suspended time, Extended space » Casino Luxembourg (Benelux), « Fluo Noir » (BIP2018, Liege, BE), « WHSS » (Melange, Koln, DE), Mémoires (ADGY Culture Development Co. LtD., Bejing, CH), Trouble Water (Szczecin Museum, Szczecin, PL), « Now Belgium Now» (LLS358, Antwerp, BE), « Chimera : Marcel Berlanger, Djos Janssens et Eva L’Hoest» (Meetfactory, Prague, CZ), « Marres currents #3:Sighseeing » (Maastricht, NL).
Ses films ont été programmés récemment sous la forme d’une performance à la dernière édition du IFFR à Rotterdam, ImagesPassage à Annecy, le MACRo Museum à Rome, les Rencontres Internationales Paris–Berlin en 2018 ainsi que le Visite Film Festival à Anvers.
Mélodie Mousset (*1981, Abu Dhabi, vit à Zurich) utilise son propre corps pour cartographier, indexer et narrer un « soi » qui semble en métamorphose permanente, lui échappant dès qu’elle cherche à en prendre possession. Elle s’intéresse aux processus d’individuation biologiques, techniques, culturels, individuels et collectifs qui forment le corps. Ces questions anthropologiques et philosophiques prennent forme dans des vidéos, sculptures, installations, performances ou de la réalité virtuelle.
Dans le film Intra Aura Mélodie Mousset entreprend une recherche intense et de longue durée pour approfondir cet intérêt pour le corps, son intériorité phsychique et organique. Elle s’approprie des technologies de visualisation médicales (IRM, impression 3D), les met en rapport avec des rites chamaniques des « curanderos » Mazatèques qu’elle rencontre au cours d’un voyage au Mexique et les combine avec un travail plastique et filmographique.
Avec HanaHana, Mélodie Mousset prolonge cet intérêt pour une narration onirique, une curiosité pour la perméabilité des limites corporelles et un détournement artistique des technologies de pointe. En empruntant la forme du jeu interactif et collaboratif, cette œuvre de réalité virtuelle constitue un environnement fantastique immersif. Chacun.e peut générer des formes et laisser des traces de son passage dans ce désert habité par des sculptures archaïques où fleurissent des mains humaines de toutes tailles et couleurs. Les joueuses et joueurs peuvent se téléporter et multiplier leurs corps à l’extérieur d’eux mêmes et, en version connectée, interagir avec des joueurs qui se trouvent à d’autres endroits. L’espace d’exposition devient ainsi un espace partagé, à la frontière de l’intime et du public, virtuel tout autant que réel.
La combinaison de la musique envoûtante avec l’audio interactif, généré en temps réel par les activités et gestes des joueuses et des joueurs, est également une composante essentielle de cet environnement multi-sensoriel. Dernièrement, Mélodie Mousset fouille particulièrement l’aspect interactif et musical de la réalité virtuelle et cherche à développer un nouveau langage de programmation et d’expérience musicale.
La pratique de Mélodie Mousset s’inscrit profondément dans l’expérience d’un monde contemporain déroutant, défini par ce contraste entre le numérique et le corporel. Avec ses œuvres nous sommes amenés à nous questionner comment se positionnent, dans cet environnement de plus en plus dirigé par les technologies numériques, les corps humains physiques, réels, opaques, vivants, remplis d’organes, porteurs d’une intériorité mentale et psychique, avec des recoins riches d’imagination. Comme le dit l’écrivain et vidéaste américaine Chris Kraus : « Mousset’s associative process is so rich. She fully believes in her own imagination and the logical or alogical digressions that shape an inner life. » (424 mots)
– Claire Hoffmann
Justine Emard (née en 1987) explore les nouvelles relations qui s’instaurent entre nos existences et la technologie.En associant les différents médiums de l’image – photographie, vidéo, réalité virtuelle et performance -, elle situe son travail dans un flux entre la robotique, les neurosciences, la vie organique et
l’intelligence artificielle.
De la création d’un dialogue entre un robot androïde et une psychologue (Erika, film de recherche,2016), à la matérialisation de rêves en impressions 3D (Dance Me Deep, 2020), en passant par une performance avec un moine bouddhiste (Heavy Requiem, 2019), ses œuvres tissent de nouveaux récits, issus d’interactions humains-machines et de l’incarnation de données. Dans Co(AI)xistence (2017), elle met en scène une première rencontre entre deux formes de vies différentes : un danseur/acteur, Mirai Moriyama, et le robot Alter, animé par une forme de vie primitive basée sur un système neuronal, une intelligence artificielle (IA) programmée par le laboratoire de Takashi Ikegami (Université de Tokyo), dont l’incarnation humanoïde a été créée par le laboratoire de Hiroshi Ishiguro (Université d’Osaka).
Grâce à un système d’apprentissage profond, l’IA apprend de l’humain, comme l’humain apprend de la machine, pour tenter de définir de nouvelles perspectives de coexistence. Une esquisse des possibilités du futur apparaît dans Soul Shift (2019) et Symbiotic Rituals (2019), lorsque différentes générations de robots commencent à se reconnaître. Leur apparence minimale autorise une projection émotionnelle, en ouvrant un espace pour l’imagination. Le Japon, que l’artiste a découvert en 2012 et où elle continue de se rendre régulièrement, a sensiblement marqué son travail. Au cours de ses multiples séjours, elle a exploré les connexions entre sa pratique des nouveaux médias et la philosophie japonaise ; en particulier le shintoïsme, qui confère un caractère sacré à la nature. Cette pensée animiste, encore vivace à l’époque des technologies connectées, affleure dans Exovisions (2017), une installation composée de pierres, de bois pétrifiés, d’argile prise dans la roche et d’une application de réalité augmentée. Depuis 2016, elle élabore sa série photographique La Naissance des Robots (2016-2020), dans la perspective anthropologique de l’évolution humaine, entre archéologie du futur et robotique androïde. Depuis 2011, elle montre son travail lors d’expositions personnelles en France, Corée du Sud, Japon, Canada, Colombie, Suède et Italie. Elle participe également à des expositions collectives : 7ème Biennale internationale d’Art Contemporain de Moscou, NRW Forum (Düsseldorf), National Museum of Singapore (Singapour), Moscow Museum of Modern Art (Moscou), Institut Itaú Cultural (São Paulo), Cinémathèque Québécoise (Montréal), Irish Museum of Modern Art (Dublin), Mori Art Museum (Tokyo), Barbican Center (Londres).