a propos
Marie Maillard est une artiste française dont la recherche se situe à la frontière de l’art, du design et de l’architecture, à la croisée des temps, des mondes et des échelles. Son travail interroge les processus par lesquels les formes émergent, se transforment et se transmettent, en explorant les relations entre espace physique et espace mental, réel et virtuel, mémoire et projection. À travers ses dispositifs, elle engage une réflexion sur ce qui se génère, images, récits, perceptions, et sur ce qui se régénère au fil des usages, des contextes et des regards.
Dès la fin des années 1990, avec ses video-wallpapers, Marie Maillard explore les devenirs de l’image lorsqu’elle fait irruption dans le réel pour le remodeler. Anticipant très tôt les effets de l’intrusion du virtuel dans les espaces de vie quotidiens, elle conçoit une image qui sort de l’écran, investit l’architecture et devient habitable, enveloppante. Ces dispositifs expérimentent un devenir-image du réel, en résonance avec une société où les flux visuels ne se contentent plus de représenter le monde, mais participent à sa production.
Depuis 2015, cette recherche se prolonge par des interventions en réalité augmentée qu’elle infiltre, hors de toute commande, au sein d’institutions artistiques et patrimoniales ; du Louvre au Palais Garnier, du Palazzo Grimani au Palazzo Grassi ou au Petit Palais. Invisibles à l’œil nu, ces œuvres n’existent que dans l’expérience du regard. À la manière du Réel et son double de Clément Rosset, elles révèlent la part de fiction et de fantasmagorie qui s’interpose entre nous et le monde. Chaque activation s’ancre dans le motif du sol, matrice générative à partir de laquelle la sculpture numérique est révélée. L’œuvre n’existe que dans l’expérience du regard, engageant une relation de co-perception entre le lieu, la forme et le spectateur, qui ne s’impose pas mais en reconfigure silencieusement la mémoire.
Avec UNIT 2105, carte blanche présentée en 2021 à la Villa Cavrois (architecte Robert Mallet-Stevens), à l’invitation du Centre des monuments nationaux, la démarche de Marie Maillard se déploie à l’échelle de l’ensemble du bâtiment. En investissant cette architecture moderniste, également marquée par le lien de Mallet-Stevens au cinéma, le projet de création prend appui sur ces réalités, ces fictions ou ces fictions réalités qui sont l’apanage des œuvres cinématographiques.
Le parcours s’élabore de l’infiniment petit à l’infiniment grand, du passé au futur, comme un dialogue actif avec l’architecture, dont il révèle les couches latentes ; les dispositifs numériques, d’abord discrets puis progressivement envahissants, semblent infiltrer la villa, s’inscrire dans ses murs et en prendre possession. La villa devient un révélateur de l’invisible, ouvrant un dialogue sensible entre architecture, œuvres et visiteurs, où se projettent des récits entre mémoire, fiction et anticipation technologique.
Plus récemment, avec Les Athlètes, Marie Maillard prolonge cette recherche dans le champ du design spéculatif, en concevant une marque fictive comme laboratoire génératif. Sport, algorithmes et itérations y deviennent moteurs de formes et de récits, brouillant les frontières entre réel et fiction, humain et machine, et invitant à repenser les usages et les imaginaires du quotidien.
À travers l’ensemble de son œuvre, Marie Maillard développe une réflexion sur les logiques de génération, des images, des formes, des récits et des perceptions, et sur leur capacité à produire du sens dans un monde en mutation. Une démarche qui fait de la technologie non une fin, mais un outil critique et poétique, capable de réinventer notre regard sur le monde et d’anticiper ses mutations.
CV
EXPOSITIONS PERSONNELLES
2025 — UNIT 2509, [Les Athlètes], Julio Artist Run Space, Paris
2023 — UNIT 2310, AR, Petit Palais, Paris *
2023 — UNIT 2301, Grrranit, Belfort
2021 — UNIT 2105, Villa Cavrois, Croix
2019 — UNIT 1910, AR, Palais Garnier, Paris *
2018 — UNIT 1805, AR, Palazzo Grassi, Venise *
2017 — UNIT 1709, AR, Musée du Louvre, Paris *
2015 — UNIT 1505, AR, Palazzo Grimani, Venise, Italie *
2012 — WALL 1209, [Paysages], Un cabinet d’amateur, Sofia, Bulgarie
2009 — WALL 0909, Luxe Gallery, New York, États-Unis
2009 — WALL 1006, Crossing the Line, FIAF, New York, États-Unis
2008 — WALL 0208, Maison Rouge, Paris
2007 — WALL 0407, Luxe Gallery, New York, États-Unis
2007 — WALL 0704, [Marie Maillard], Galerie Aline Vidal, Paris
* Hacked space (interventions en réalité augmentée)
EXPOSITIONS DE GROUPE
2024 — [UN] REAL, commissaires D. Moulon, J. Sarbu, S. Torres, Avenue Hoche, Paris
2023 — U.S.B #5 – Fenêtre(s) sur cour, commissaire E. Guez, Orléans
2023 — Jardins numériques, commissaire G. Postel, Villerville
2021 — Continuum in Digitage, commissaire G. Postel, Galerie Iconoclastes, Paris
2020 — Fluid Desires, commissaire N. Janssen, NEST, La Haye, Pays-Bas
2019 — Net Plus Ultra, Galerie Mannerheim, Paris
2006 — La Cabane, commissaire P. Beausse, Palais de Tokyo, Paris
2004 — Biennale de Busan, Corée du Sud
2001 — Traversées, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
2001 — Nano Galerie, Galerie Emmanuel Perrotin, Paris
COLLABORATIONS
2014 — WALL 1412, invitée par Jean Nouvel, intervention artistique sur les façades de deux tours à Kuala Lumpur, Malaisie
2014 — WALL 1303, invitée par Jean Nouvel, intervention artistique, Fondation Cognacq-Jay, Rueil Malmaison
2005— WALL 0505, [Exposition Chanel], invitée par Karl Lagerfeld, installations video-wallpaper, Metropolitan Museum, New York, Etats-Unis
2003 — WALL 0303, [Karl face à Lagerfeld], invitée par Karl Lagerfeld, installations vidéo-wallpaper, « Karl face à Lagerfeld », Le Bon Marché, Paris
RÉSIDENCE
2001 — Le Pavillon, Palais de Tokyo, workshop au Maroc
Eva L’Hoest (Liège, 1991, Belgique – vit et travaille à Bruxelles ) explore les façons dont toutes les natures d’images mentales, en particulier le souvenir et la réminiscence, trouvent à se re–matérialiser dans une forme technologique. Elle poursuit avant tout l’exploration de la mémoire et de son infime et étrange réalité subsistante. Pièces après pièces, l’artiste s’approprie les technologies de son contemporain pour révéler à la fois leur nature de prothèses d’appréhension du monde et leur potentiel en tant que médium artistique.
Son travail a été récemment présenté à la quinzième Biennale de Lyon, Lyon (France) curaté par le Palais de Tokyo, la Triennale Okayama Art Summit 2019 “IF THE SNAKE” curaté par Pierre Huyghe, Okayama (Japon), « Suspended time, Extended space » Casino Luxembourg (Benelux), « Fluo Noir » (BIP2018, Liege, BE), « WHSS » (Melange, Koln, DE), Mémoires (ADGY Culture Development Co. LtD., Bejing, CH), Trouble Water (Szczecin Museum, Szczecin, PL), « Now Belgium Now» (LLS358, Antwerp, BE), « Chimera : Marcel Berlanger, Djos Janssens et Eva L’Hoest» (Meetfactory, Prague, CZ), « Marres currents #3:Sighseeing » (Maastricht, NL).
Ses films ont été programmés récemment sous la forme d’une performance à la dernière édition du IFFR à Rotterdam, ImagesPassage à Annecy, le MACRo Museum à Rome, les Rencontres Internationales Paris–Berlin en 2018 ainsi que le Visite Film Festival à Anvers.
Mélodie Mousset (*1981, Abu Dhabi, vit à Zurich) utilise son propre corps pour cartographier, indexer et narrer un « soi » qui semble en métamorphose permanente, lui échappant dès qu’elle cherche à en prendre possession. Elle s’intéresse aux processus d’individuation biologiques, techniques, culturels, individuels et collectifs qui forment le corps. Ces questions anthropologiques et philosophiques prennent forme dans des vidéos, sculptures, installations, performances ou de la réalité virtuelle.
Dans le film Intra Aura Mélodie Mousset entreprend une recherche intense et de longue durée pour approfondir cet intérêt pour le corps, son intériorité phsychique et organique. Elle s’approprie des technologies de visualisation médicales (IRM, impression 3D), les met en rapport avec des rites chamaniques des « curanderos » Mazatèques qu’elle rencontre au cours d’un voyage au Mexique et les combine avec un travail plastique et filmographique.
Avec HanaHana, Mélodie Mousset prolonge cet intérêt pour une narration onirique, une curiosité pour la perméabilité des limites corporelles et un détournement artistique des technologies de pointe. En empruntant la forme du jeu interactif et collaboratif, cette œuvre de réalité virtuelle constitue un environnement fantastique immersif. Chacun.e peut générer des formes et laisser des traces de son passage dans ce désert habité par des sculptures archaïques où fleurissent des mains humaines de toutes tailles et couleurs. Les joueuses et joueurs peuvent se téléporter et multiplier leurs corps à l’extérieur d’eux mêmes et, en version connectée, interagir avec des joueurs qui se trouvent à d’autres endroits. L’espace d’exposition devient ainsi un espace partagé, à la frontière de l’intime et du public, virtuel tout autant que réel.
La combinaison de la musique envoûtante avec l’audio interactif, généré en temps réel par les activités et gestes des joueuses et des joueurs, est également une composante essentielle de cet environnement multi-sensoriel. Dernièrement, Mélodie Mousset fouille particulièrement l’aspect interactif et musical de la réalité virtuelle et cherche à développer un nouveau langage de programmation et d’expérience musicale.
La pratique de Mélodie Mousset s’inscrit profondément dans l’expérience d’un monde contemporain déroutant, défini par ce contraste entre le numérique et le corporel. Avec ses œuvres nous sommes amenés à nous questionner comment se positionnent, dans cet environnement de plus en plus dirigé par les technologies numériques, les corps humains physiques, réels, opaques, vivants, remplis d’organes, porteurs d’une intériorité mentale et psychique, avec des recoins riches d’imagination. Comme le dit l’écrivain et vidéaste américaine Chris Kraus : « Mousset’s associative process is so rich. She fully believes in her own imagination and the logical or alogical digressions that shape an inner life. » (424 mots)
– Claire Hoffmann
Justine Emard (née en 1987) explore les nouvelles relations qui s’instaurent entre nos existences et la technologie.En associant les différents médiums de l’image – photographie, vidéo, réalité virtuelle et performance -, elle situe son travail dans un flux entre la robotique, les neurosciences, la vie organique et
l’intelligence artificielle.
De la création d’un dialogue entre un robot androïde et une psychologue (Erika, film de recherche,2016), à la matérialisation de rêves en impressions 3D (Dance Me Deep, 2020), en passant par une performance avec un moine bouddhiste (Heavy Requiem, 2019), ses œuvres tissent de nouveaux récits, issus d’interactions humains-machines et de l’incarnation de données. Dans Co(AI)xistence (2017), elle met en scène une première rencontre entre deux formes de vies différentes : un danseur/acteur, Mirai Moriyama, et le robot Alter, animé par une forme de vie primitive basée sur un système neuronal, une intelligence artificielle (IA) programmée par le laboratoire de Takashi Ikegami (Université de Tokyo), dont l’incarnation humanoïde a été créée par le laboratoire de Hiroshi Ishiguro (Université d’Osaka).
Grâce à un système d’apprentissage profond, l’IA apprend de l’humain, comme l’humain apprend de la machine, pour tenter de définir de nouvelles perspectives de coexistence. Une esquisse des possibilités du futur apparaît dans Soul Shift (2019) et Symbiotic Rituals (2019), lorsque différentes générations de robots commencent à se reconnaître. Leur apparence minimale autorise une projection émotionnelle, en ouvrant un espace pour l’imagination. Le Japon, que l’artiste a découvert en 2012 et où elle continue de se rendre régulièrement, a sensiblement marqué son travail. Au cours de ses multiples séjours, elle a exploré les connexions entre sa pratique des nouveaux médias et la philosophie japonaise ; en particulier le shintoïsme, qui confère un caractère sacré à la nature. Cette pensée animiste, encore vivace à l’époque des technologies connectées, affleure dans Exovisions (2017), une installation composée de pierres, de bois pétrifiés, d’argile prise dans la roche et d’une application de réalité augmentée. Depuis 2016, elle élabore sa série photographique La Naissance des Robots (2016-2020), dans la perspective anthropologique de l’évolution humaine, entre archéologie du futur et robotique androïde. Depuis 2011, elle montre son travail lors d’expositions personnelles en France, Corée du Sud, Japon, Canada, Colombie, Suède et Italie. Elle participe également à des expositions collectives : 7ème Biennale internationale d’Art Contemporain de Moscou, NRW Forum (Düsseldorf), National Museum of Singapore (Singapour), Moscow Museum of Modern Art (Moscou), Institut Itaú Cultural (São Paulo), Cinémathèque Québécoise (Montréal), Irish Museum of Modern Art (Dublin), Mori Art Museum (Tokyo), Barbican Center (Londres).