a propos
Tamiko Thiel a reçu en 2024 le SIGGRAPH Distinguished Artist Award for Lifetime Achievement in Digital Arts et est membre inaugurale du AWE XR Hall of Fame. Elle crée des œuvres médiatiques qui mettent en lumière les mécanismes internes des systèmes naturels, sociaux et culturels.
Elle fut la principale designer produit des Connection Machines CM-1/CM-2 de Danny Hillis, les premiers superordinateurs commerciaux dédiés à l’intelligence artificielle (1986/1987, Thinking Machines Corp., aujourd’hui dans les collections du MoMA à New York et du Smithsonian). Ces machines ont influencé la technologie d’IA de Google ainsi que l’esthétique de design de Steve Jobs. Parmi ses œuvres intégrant l’IA figurent I am Sound (2016, avec Christoph Reiserer), qui génère une composition musicale et visuelle personnalisée à partir du visage du participant, ainsi que Lend Me Your Face! (2020, avec /p), présentée dans le cadre de ce prix.
Son travail en réalité virtuelle (VR) débute en tant que productrice et directrice créative de Starbright World (1994-1997), un monde naturel exploratoire destiné aux enfants gravement malades et premier métavers VR pour enfants, développé en collaboration avec Steven Spielberg. Sa première œuvre personnelle en VR, Beyond Manzanar (2000, avec Zara Houshmand), traite de la désignation de communautés minoritaires comme « visage de l’ennemi » et de leur internement massif sans procédure régulière. Il s’agit de la première œuvre en VR acquise par un musée d’art américain (2002, San Jose Museum of Art). La deuxième édition a été acquise par le Smithsonian American Art Museum en 2025.
Les œuvres de Tamiko en réalité augmentée (AR) débutent avec ARt Critic Face Matrix (2010), dans le cadre d’une intervention au MoMA de New York. Parmi les commandes notables intégrées aux collections permanentes de musées figurent :
Unexpected Growth (2018, avec /p), sur les déchets plastiques dans les océans pour le Whitney Museum de New York ; ReWildAR (2021, avec /p), consacré au réensauvagement des villes par les plantes indigènes et leurs pollinisateurs, pour l’exposition du 175e anniversaire de la Smithsonian Institution « FUTURES » ; ARpothecary’s Garden (2022), sur les plantes médicinales pour la Kunstsammlung Roche de Bâle ; et Vera Plastica (2023, avec /p), une installation AR générative sur les déchets plastiques marins, pour la BROICH Digital Art Foundation.
/p est un·e artiste médiatique allemand·e diplômé·e en informatique. /p travaille sur des projets web et en réalité virtuelle depuis 1994. Depuis la commande du Whitney Museum pour Unexpected Growth en 2018, /p collabore avec Tamiko Thiel sur des œuvres médiatiques. En 2024, l’expérience sonore en AR Current, créée en collaboration avec Anne Wichmann et Anke Schiemann, a remporté le New Realities Award 2024, remis par le ministre bavarois du numérique lors du festival 1E9 Festival of the Future à Munich. /p est neutre du point de vue du genre et n’utilise aucun pronom.
CV
Dans Lend Me Your Face!, un réseau neuronal anime une unique photo « cible » du visage de chaque visiteur participant afin qu’elle corresponde à des « vidéos sources » de figures publiques de premier plan. Les deepfakes sont projetés en grand format devant le public — et le participant voit son propre visage prononcer les paroles de personnalités qu’il admire autant que de celles qu’il méprise. Le visiteur est ainsi confronté à une expérience très personnelle : la prise de conscience que la partie la plus intime et pourtant la plus publique de lui-même — son visage et les émotions qu’il exprime — peut être aisément manipulée et replacée dans des contextes échappant totalement à son contrôle.
Lorsque nous avons créé Lend Me Your Face! en 2020, une avancée technique d’A. Siarohin a rendu possible la production de deepfakes à partir d’une seule photo du visage « cible ». Auparavant, il fallait disposer de plusieurs heures de vidéo à la fois du visage « source » et du visage « cible ».
Aujourd’hui, les deepfakes générés par l’IA sont si perfectionnés qu’il est devenu impossible de distinguer le faux du réel. Cela fait de Lend Me Your Face! un document unique d’un moment précis dans l’évolution des deepfakes, tout en offrant un aperçu fascinant du processus de leur fabrication. Dans les distorsions imparfaites du visage et de l’arrière-plan de la personne cible, nous pouvons entrevoir l’intérieur de la « boîte noire » des réseaux neuronaux et redécouvrir le mécanisme même par lequel le deepfake est produit.
Eva L’Hoest (Liège, 1991, Belgique – vit et travaille à Bruxelles ) explore les façons dont toutes les natures d’images mentales, en particulier le souvenir et la réminiscence, trouvent à se re–matérialiser dans une forme technologique. Elle poursuit avant tout l’exploration de la mémoire et de son infime et étrange réalité subsistante. Pièces après pièces, l’artiste s’approprie les technologies de son contemporain pour révéler à la fois leur nature de prothèses d’appréhension du monde et leur potentiel en tant que médium artistique.
Son travail a été récemment présenté à la quinzième Biennale de Lyon, Lyon (France) curaté par le Palais de Tokyo, la Triennale Okayama Art Summit 2019 “IF THE SNAKE” curaté par Pierre Huyghe, Okayama (Japon), « Suspended time, Extended space » Casino Luxembourg (Benelux), « Fluo Noir » (BIP2018, Liege, BE), « WHSS » (Melange, Koln, DE), Mémoires (ADGY Culture Development Co. LtD., Bejing, CH), Trouble Water (Szczecin Museum, Szczecin, PL), « Now Belgium Now» (LLS358, Antwerp, BE), « Chimera : Marcel Berlanger, Djos Janssens et Eva L’Hoest» (Meetfactory, Prague, CZ), « Marres currents #3:Sighseeing » (Maastricht, NL).
Ses films ont été programmés récemment sous la forme d’une performance à la dernière édition du IFFR à Rotterdam, ImagesPassage à Annecy, le MACRo Museum à Rome, les Rencontres Internationales Paris–Berlin en 2018 ainsi que le Visite Film Festival à Anvers.
Mélodie Mousset (*1981, Abu Dhabi, vit à Zurich) utilise son propre corps pour cartographier, indexer et narrer un « soi » qui semble en métamorphose permanente, lui échappant dès qu’elle cherche à en prendre possession. Elle s’intéresse aux processus d’individuation biologiques, techniques, culturels, individuels et collectifs qui forment le corps. Ces questions anthropologiques et philosophiques prennent forme dans des vidéos, sculptures, installations, performances ou de la réalité virtuelle.
Dans le film Intra Aura Mélodie Mousset entreprend une recherche intense et de longue durée pour approfondir cet intérêt pour le corps, son intériorité phsychique et organique. Elle s’approprie des technologies de visualisation médicales (IRM, impression 3D), les met en rapport avec des rites chamaniques des « curanderos » Mazatèques qu’elle rencontre au cours d’un voyage au Mexique et les combine avec un travail plastique et filmographique.
Avec HanaHana, Mélodie Mousset prolonge cet intérêt pour une narration onirique, une curiosité pour la perméabilité des limites corporelles et un détournement artistique des technologies de pointe. En empruntant la forme du jeu interactif et collaboratif, cette œuvre de réalité virtuelle constitue un environnement fantastique immersif. Chacun.e peut générer des formes et laisser des traces de son passage dans ce désert habité par des sculptures archaïques où fleurissent des mains humaines de toutes tailles et couleurs. Les joueuses et joueurs peuvent se téléporter et multiplier leurs corps à l’extérieur d’eux mêmes et, en version connectée, interagir avec des joueurs qui se trouvent à d’autres endroits. L’espace d’exposition devient ainsi un espace partagé, à la frontière de l’intime et du public, virtuel tout autant que réel.
La combinaison de la musique envoûtante avec l’audio interactif, généré en temps réel par les activités et gestes des joueuses et des joueurs, est également une composante essentielle de cet environnement multi-sensoriel. Dernièrement, Mélodie Mousset fouille particulièrement l’aspect interactif et musical de la réalité virtuelle et cherche à développer un nouveau langage de programmation et d’expérience musicale.
La pratique de Mélodie Mousset s’inscrit profondément dans l’expérience d’un monde contemporain déroutant, défini par ce contraste entre le numérique et le corporel. Avec ses œuvres nous sommes amenés à nous questionner comment se positionnent, dans cet environnement de plus en plus dirigé par les technologies numériques, les corps humains physiques, réels, opaques, vivants, remplis d’organes, porteurs d’une intériorité mentale et psychique, avec des recoins riches d’imagination. Comme le dit l’écrivain et vidéaste américaine Chris Kraus : « Mousset’s associative process is so rich. She fully believes in her own imagination and the logical or alogical digressions that shape an inner life. » (424 mots)
– Claire Hoffmann
Justine Emard (née en 1987) explore les nouvelles relations qui s’instaurent entre nos existences et la technologie.En associant les différents médiums de l’image – photographie, vidéo, réalité virtuelle et performance -, elle situe son travail dans un flux entre la robotique, les neurosciences, la vie organique et
l’intelligence artificielle.
De la création d’un dialogue entre un robot androïde et une psychologue (Erika, film de recherche,2016), à la matérialisation de rêves en impressions 3D (Dance Me Deep, 2020), en passant par une performance avec un moine bouddhiste (Heavy Requiem, 2019), ses œuvres tissent de nouveaux récits, issus d’interactions humains-machines et de l’incarnation de données. Dans Co(AI)xistence (2017), elle met en scène une première rencontre entre deux formes de vies différentes : un danseur/acteur, Mirai Moriyama, et le robot Alter, animé par une forme de vie primitive basée sur un système neuronal, une intelligence artificielle (IA) programmée par le laboratoire de Takashi Ikegami (Université de Tokyo), dont l’incarnation humanoïde a été créée par le laboratoire de Hiroshi Ishiguro (Université d’Osaka).
Grâce à un système d’apprentissage profond, l’IA apprend de l’humain, comme l’humain apprend de la machine, pour tenter de définir de nouvelles perspectives de coexistence. Une esquisse des possibilités du futur apparaît dans Soul Shift (2019) et Symbiotic Rituals (2019), lorsque différentes générations de robots commencent à se reconnaître. Leur apparence minimale autorise une projection émotionnelle, en ouvrant un espace pour l’imagination. Le Japon, que l’artiste a découvert en 2012 et où elle continue de se rendre régulièrement, a sensiblement marqué son travail. Au cours de ses multiples séjours, elle a exploré les connexions entre sa pratique des nouveaux médias et la philosophie japonaise ; en particulier le shintoïsme, qui confère un caractère sacré à la nature. Cette pensée animiste, encore vivace à l’époque des technologies connectées, affleure dans Exovisions (2017), une installation composée de pierres, de bois pétrifiés, d’argile prise dans la roche et d’une application de réalité augmentée. Depuis 2016, elle élabore sa série photographique La Naissance des Robots (2016-2020), dans la perspective anthropologique de l’évolution humaine, entre archéologie du futur et robotique androïde. Depuis 2011, elle montre son travail lors d’expositions personnelles en France, Corée du Sud, Japon, Canada, Colombie, Suède et Italie. Elle participe également à des expositions collectives : 7ème Biennale internationale d’Art Contemporain de Moscou, NRW Forum (Düsseldorf), National Museum of Singapore (Singapour), Moscow Museum of Modern Art (Moscou), Institut Itaú Cultural (São Paulo), Cinémathèque Québécoise (Montréal), Irish Museum of Modern Art (Dublin), Mori Art Museum (Tokyo), Barbican Center (Londres).